Succès de la célébration de l’IDAHOT Tunisie malgré les difficultés.

15-06-17

Photo credits: kapitalis.com

Chaque semaine, de jeunes personnes et individus sont arrêtés en Tunisie sous l’effet de l’article 230.

« La sodomie, si elle ne rentre dans aucun des cas prévus aux articles précédents, est punie de l’emprisonnement pendant trois ans. »

Pourtant, à seulement 100 mètres du ministère de l’intérieur dans la capitale Tunis, se tenait le 17 mai 2017 un événement riche et innovant. Il s’agit de la célébration de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Au programme des témoignages intimes et touchant de personnes LGBTQI tunisiennes, de la musique et un drag-show!

Selon Senda Ben Jebara, coordinatrice de projets dans l’Initiative Mawjoudin pour l’égalité, le choix de la salle était très important et réfléchi pour cet événement. D’abord, le propriétaire de la salle est un allié. Il s’agit d’un militant de la gauche tunisienne qui soutien les libertés individuelles. Pourtant, il a essayé de mettre les bâtons dans les roues en planifiant une projection au beau milieu de l’événement alors que les organisateurs avaient déjà payé les frais de location de la salle.

Pour Hafedh Trifi, membre de l’association Damj, “il se pourrait qu’il ait reçu des intimidations pour agir de la sorte, surtout que ce n’était pas la première fois qu’un tel événement était organisé dans ses locaux.” En effet, la soirée de lancement du rapport alternatif UPR, a eu lieu dans la même salle.

Même si aucune menace envers les organisateurs, le propriétaire de la salle ou encore les invités n’a été notifiée, le comité d’organisation a préféré ne pas prendre de risques et suivre certaines mesures de sécurité afin d’éviter tout incident pouvant gâcher la journée. D’abord, le nom de la salle et l’adresse n’ont été communiqués qu’une semaine avant l’événement, laissant ainsi très peu de temps pour les groupes menaçants d’agir ou de se préparer, et laissant assez de temps pour les membres de la communauté d’être au courant du programme même si le marketing pour l’événement avait commencé presque un mois à l’avance.

Ensuite, le comité d’organisation a fait appel à une agence de sécurité privée qui a envoyé des agents bien formés et professionnels pour assurer la fouille à l’entrée, la protection des participant(e)s et la surveillance de la salle.

“ En ce qui nous concerne, comme c’était la première fois qu’on organisait un événement aussi public et médiatisé, on n’a pas souhaité prendre de risques et on a engagé des agents de sécurité. Heureusement que tout s’est bien déroulé.” Disait Najma Kousri Labidi, membre du comité d’organisation et de l’association tunisienne des femmes démocrates.

Même si certain(e)s participant(e)s étaient un peu gêné(e)s par les fouilles des sacs et des chapeaux, les organisateurs étaient plutôt rassurés car, dans un climat sécuritaire et politique pas très stable en Tunisie, “on doit s’attendre à tout”, disait Senda. Ce choix de faire appel à une société privée était judicieux car les agents étaient là pour faire leur travail, mener à bien leur tâches et non pas juger ou stigmatiser les participant(e)s.

Les autorités et plus particulièrement le ministère de l’intérieur étaient certainement au courant de l’événement et de l’intégralité du programme. Cependant, la présence de personnalités influentes, tel que des représentants d’organisations nationales (la LTDH) et internationales , de grands militants et avocats tunisiens, a découragé les autorités d’intervenir ou d’empêcher le déroulement de l’événement (ce qui arrivait souvent sous l’ancien régime de Ben Ali pendant des réunions de l’oppositions ou des défenseurs des droits humains surtout quand il ‘sagissait de la question de la censure ou de la torture) en dépit d’une visite express d’agents de l’ordre en habits civils. En effet, des arrestations massives ou des violations des droits humains apportera une mauvaise image au gouvernement tunisien surtout devant les invités étrangers.

Ce qui est sûr c’est que les autorités préfèrent surprendre leur victime en ayant recours aux méthodes traditionnelles: arrestations avec intrusion abusive au domicile et violations de la vie privée des personnes (correspondances et données personnelles) suite à un rendez-vous fixé sur les sites de rencontres. 4 jeunes gens, deux âgés entre 23 et 18 ans, et deux autres mineurs ont été arrêtés pour « soupçon d’homosexualité » le 10 mai 2017 en suivant la même procédure.

De nombreuses fois, ce genre de “pièges” est tendu également par des groupes isolés ou des individus du quartier. Ce qui est plus grave encore, c’est que certaines associations en profitent pour avoir plus de visibilité de part leur non respect de la confidentialité et de la volonté des victimes de partager ou non leur identité et leur image. Ce genre de pratiques contribuent à l’”outing” de la victime devant sa famille et la société et donc en plus de l’agression qu’elle a subie, elle risque de se faire traduire en justice sous l’article 230 et/ou d’être exclue par son entourage.

Rappelons que lors de la 27ème session de l’examen périodique universel de la Tunisie (UPR) plus de 20 recommandations ont été faites à la Tunisie y compris une sur les personnes intersexes. Une seule recommendation relative à l’arrêt de la pratique du test anal comme preuve de l’homosexualité a été retenue par l’état tunisien.

Aïda Khemiri